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"Viens dîner dans ma cité" : Djamel Bensalah embarque France 4 au-delà du périph'

Le 17 octobre 2012 à 22h15, Jean-François Copé était le premier invité politique de la nouvelle émission de France 4, Viens dîner dans ma cité. Pour le producteur Djamel Bensalah, l’actuel secrétaire général de l’UMP s’est pris au jeu. Interview.

Pourquoi inviter des hommes politiques dans votre émission?
Ma démarche était de créer une émission citoyenne, de confronter les hommes et femmes politiques à des gens normaux à qui on ne donne pas souvent la parole. On aimerait renouer le dialogue entre les politiques et le peuple. C’est une façon de faire évoluer le débat, de l’alimenter avec des idées nouvelles. Et puis, on n’associe pas souvent la cité à un dîner. Les gens pensent plutôt aux violences, aux tournantes… On veut montrer une autre facette de la banlieue.
Tous les hommes politiques que j’ai rencontré m’ont dit « Je ne vous ai pas attendu pour aller manger chez les gens ». Je veux bien les croire mais on n’a jamais vu les images. On va enfin les voir.

Comment Jean-François Copé s’en est-il sorti? A-t-il été bousculé par les autres invités?

Je dirais qu’il n’a pas été suffisamment chahuté. Mais on ne va pas à un dîner, et par extension dans cette émission, pour se « foutre sur la gueule ». On ne recherche pas le sensationnalisme. On veut trouver, créer un format, qui n’existe pas ailleurs.
Dans le contexte du repas, on a pu aborder beaucoup de sujets différents, du plus futile au plus fondamental: la scolarité, l’argent du Qatar, le duel avec François Fillon… D’ailleurs, il y a un passage très drôle dans l’émission: Lorànt Deutsch, qui était également invité, raconte qu’il a vécu à Sablé-sur-Sarthe, ville dont François Fillon était le maire. Ce dernier a un jour essayé de « l’acheter » avec des tartelettes. Manque de chance, Lorànt lui a vomi dessus. D’ailleurs, François Fillon m’a promis qu’il viendrait à l’émission. Pour en revenir à Jean-François Copé, il est venu bien préparé, il n’a pas pris l’excercice à la légère.

Vous abordez le racisme anti-blanc cher à Jean-François Copé, comment les invités ont réagi? Le secrétaire général de l’UMP n’était pas trop sur la défensive?

Tous les invités ont été très bons et Jean-François Copé s’en est plutôt bien sorti. Quant au racisme anti-blanc, la polémique est née quelques jours avant le tournage. Personne n’était vraiment au courant des détails de son propos, à part la production qui avait reçu le livre de Copé un peu plus tôt. Je pensais que ce n’était qu’un argument de campagne de plus. Les invités aussi le lui ont dit. Madame Jerroudi, qui nous a reçus, lui a par exemple expliqué qu’elle ne comprenait pas cet argument.
Jean-François Copé a été remarquable: il était crispé au début mais a toujours été fidèle à ses convictions. Il a pris le temps d’expliquer sa position, même si ce n’était pas forcément l’avis de tous. Je peux vous dire qu’il revendique complètement cette réalité de racisme anti-blanc, ce n’est pas circonstanciel. C’est vers cela que l’on veut aller, la sincérité. C’est le meilleur moment de l’émission.

Qu’allez-vous modifier pour le prochain numéro?

Pas mal de choses: j’ai vu cette émission comme un pilote, on va s’améliorer. Déjà, il faudra inviter moins de monde. Pour cette première, il y avait 13 personnes autour de la table, c’est un peu trop pour qu’une vraie discussion s’installe entre les invités. On va aller vers plus de simplicité aussi, pour favoriser les échanges. Enfin, on va essayer d’allonger la durée du repas: c’est la cité qui invite, pas un quelconque producteur parisien. La star de la soirée, c’est la cité et ses habitants. Quand on allait chez Ardisson (93 Faubourg Saint-Honoré, sur Paris Première), on regardait des dîners mondains par le petit bout de la lorgnette. Moi j’ouvre la porte en grand et je dis: qui veut venir, vienne.
A l’époque de Valérie Giscard d’Estaing, quand le président allait manger chez les éboueurs, c’était un peu guindé, on n’y croyait pas. Pourtant personne ne peut nier qu’il était avant-gardiste. De nos jours, les progrès technologiques -les caméras deviennent minuscules et très maniables-, nous permettent de tout faire, ou presque. Et pourtant on ne voit pas les gens, les vrais. La télé ne donne plus la parole aux Français. Moi, je retrouve les plus authentiques dans la Voix express du Parisien, et c’est tout. Il faut aller vers cette France qui a tant de choses à nous dire.

Viens dîner dans ma cité – concept :
Le concept de l’émission, crée et réalisée par Djamel Bensalah, réalisteur -entre autre- de film Le ciel, les oiseaux et ta mère, est de convier des personnalités autour d’un repas dans une ville de banlieue.

Pour ce premier numéro, Kamel le Magicien du Grand Journal, originaire de Clichy-sous-Bois, était entouré de Jean-François Copé, candidat à la présidence de l’UMP, Lorànt Deutsch, acteur, Olivier Klein, maire de Clichy-sous-Bois ou encore Franck Gastambide, réalisateur du film Les Kaïra. Le débat est mené par l’animateur de France Inter Ali Rebeihi. France 4, 22h15.